Le travail de Charles-Edouard Niveleau vise à redécouvrir les racines historiques (bien qu’oubliées) du mouvement phénoménologique apparu à travers une confrontation avec les sciences naturelles et la psychologie scientifique émergente au XIXe siècle en Allemagne. L’hypothèse de Charles-Edouard Niveleau est que la phénoménologie est liée au développement des sciences naturelles, en particulier de la physiologie, et que la phénoménologie est intrinsèquement expérimentale précisément parce qu’elle ne peut être séparée de la science en devenir.

La première partie s’est concentrée sur le contexte historique et le développement de la phénoménologie expérimentale de Goethe à Ewald Hering qui a représenté la figure clé du mouvement phénoménologique qui a dominé l’histoire de la psychologie des années 1890 à la fin des années 1930. Après Stumpf, Hering semble être l’un des premiers scientifiques (après Goethe et Purkinje) à avoir introduit la méthodologie phénoménologique en psychologie. Hering considérait la description des qualités sensibles comme un champ d’investigation légitime et reconnaissait le statut prioritaire de la phénoménologie sur toutes les autres sciences. L’explication physiologique doit être considérée comme postérieure à la description des phénomènes perçus qui la déterminerait en donnant son explanandum. Carl Stumpf a largement souligné et développé systématiquement une telle conception de la phénoménologie. L’approche descriptiviste issue de la controverse sur la nature même de la couleur entre Goethe et Newton, sa défense et son développement ultérieurs par Purkinje, la poursuite de cette bipolarité entre deux approches paradigmatiques en sciences de la vision avec les controverses entre l’école de Hering et celle de Helmholtz ont été les principales préoccupations de Charles-Edouard Niveleau afin d’introduire la phénoménologie comme un niveau irréductible de réalité.

La deuxième partie était consacrée à la phénoménologie en tant que méthodologie efficace en sciences naturelles en général et en psychologie en particulier. Quelle conception de la phénoménologie Stumpf défendait-il ? Dans quel sens peut-on le qualifier d' » expérimental  » ? Contrairement à une opinion répandue, Stumpf ne peut pas être considéré comme un brentanien orthodoxe strict. Même s’il sert le même idéal pour une philosophie scientifique, même si sa phénoménologie est déterminée par rapport à la psychologie empirique de Brentano dans ses célèbres articles de 1907, ce n’est pas exact. Stumpf ne s’est jamais explicitement opposé à Brentano, mais il était sans doute assez méfiant quant à l’utilisation de la perception interne. Cette question est particulièrement cruciale pour savoir s’il existe une méthodologie phénoménologique proprement dite ou si l’utilisation de méthodes quantitatives et statistiques est adéquate. Dans quelle mesure Stumpf peut-il considérer les méthodes quantitatives comme pertinentes pour la phénoménologie elle-même sans faire de confusion entre phénoménologie et psychologie expérimentale? Quelle est la nature même des polémiques entre lui et Wundt (et Lorenz) s’ils sont tous deux d’accord avec l’utilisation de méthodes quantitatives dans les expériences? Avons-nous besoin de souscrire et de suivre quelques règles fondamentales de description pour faire de la phénoménologie?

Dans la troisième et dernière partie du projet, Charles-Edouard Niveleau a proposé un exercice de phénoménologie expérimentale. Ainsi, une attention particulière a été consacrée au concept de fusion tonale et à ses relations avec la perception de la consonance qui constitue l’un des principaux domaines de recherche de Stumpf. Charles-Edouard Niveleau a utilisé cette question de la formation et de la perception de la Gestalt pour confronter l’approche physicaliste paradigmatique prônée par l’école de Helmholtz et Wundt à l’approche phénoménologique de Stumpf. Dans quelle mesure la question Gestalt définit-elle thématiquement le mouvement phénoménologique en psychologie? Pourquoi y a-t-il des conceptions si différentes de la Gestalt si ses principaux enquêteurs sont apparemment d’accord avec l’utilisation d’une approche descriptive? Charles-Edouard Niveleau a étudié en particulier les controverses entre Stumpf, Theodor Lipps, Hans Cornélius, Alexius Meinong et Stefano Witasek, Félix Krueger et Charles-Edouard ont tenté de déterminer le terrain expérimental pouvant motiver l’acceptation ou le rejet de l’hypothèse de constance. Enfin, Charles-Edouard a montré ce qui a été gagné par Stumpf et perdu par Köhler dans leur compréhension du concept de Gestalt.

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